Enseignement vers le 6ème dimanche de Pâques

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Enseignement vers le 6ème dimanche de Pâques

10 mai 2020 Non classé 0

Ceux sont les grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue : le mot « enthousiasme », du grec, « en théo », un dieu intérieur.

Louis Pasteur

Beaucoup d’experts prennent la parole aujourd’hui en cette difficile période de pandémie ! Aussi je vous propose de commencer ce nouvel enseignement avec la citation d’un expert bien connu et chrétien : Louis Pasteur (qui a mis au point le vaccin contre la rage). Pour Pasteur, le plus beau mot de la langue française c’est le joyeux mot : « enthousiasme » (du grec ancien « enthousiasmos »). Ce mot signifie : « habité par Dieu », « rempli de la présence de Dieu », « Dieu vit en nous ».     

            Mais pour beaucoup de personnes « Dieu » rime plus souvent avec « douloureux » et même avec « ennuyeux » et beaucoup moins avec « joyeux » !!! On pense à Dieu quand on est éprouvé et beaucoup moins quand on est joyeux !!!

            Alors, puisque nous devons tous vivre avec la triste menace du virus « Covid-19 », j’ose dire et écrire que le moment est favorable pour nous refaire une santé spirituelle, une santé enthousiaste, habitée par Dieu. Pour cela, recevons l’évangile du 6è dimanche de Pâques (situé avant la grande fête de l’Ascension) comme un vaccin contre la peur, la morosité et la désespérance !!!

Évangile Jean 14, 15-21 : (les phrases soulignées sont citées dans l’enseignement)

            En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous.

            Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

Pour commencer, continuons avec la signification des mots et en particulier avec le sens du mot « vaccin ». Qui dit « vaccin » dit « inoculation » (transmettre, en petite dose, un virus à un sujet sain dans le but de le rendre résistant à cette maladie). Et le mot « inoculation » vient du mot latin « inoculare » qui a donné, notamment, le très beau verbe « greffer ».

            Voilà ce que je vous propose, à vous qui lisez cet enseignement (et je le fais moi aussi) : Prenons cet évangile du 6è dimanche de Pâques et utilisons-le comme un greffon « plein d’enthousiasme » (plein de Dieu) dans notre vie, dans notre corps, dans notre âme pour chasser notre peur et notre manque d’espérance.

            Que se passe-t-il, alors, quand nous acceptons de recevoir cet évangile, comme un greffon enthousiaste (plein de Dieu) dans notre vie ?

            En greffant en nous les premiers mots de cet évangile « En ce temps-là, », ces premiers mots deviennent en nous : « Aujourd’hui au mois de mai 2020 » ; puis les mots « Jésus disait à ses disciples » deviennent : « Jésus dit à chacun et chacune d’entre nous ». Par cette greffe enthousiaste, nous sommes à la place des disciples de l’évangile (Jean 14, 15-21) à qui Jésus parle.

            Alors, en étant à la place des disciples de l’évangile, nous prenons conscience que Jésus nous le connaissons, nous l’apprécions, nous le suivons. Et nous savons que beaucoup de personnes sont étonnées à la fois par ses actions (de guérison, de pardon des péchés, de multiplication de la nourriture (pains, poissons)) et aussi par ses paroles sur Dieu. Et nous savons que plusieurs personnes (pharisiens, docteurs de la Loi…) veulent le faire taire et l’empêcher d’agir. Alors nous, qui sommes ses disciples, nous avons peur pour Lui d’abord (car nous l’aimons : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. ») et aussi nous avons peur pour nous. D’autant plus que Jésus vient de nous dire : « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, … ». Il nous dit ainsi clairement qu’il va nous quitter !

            Heureusement, pour nous ses disciples, Jésus est rassurant : « Je ne vous laisserai pas orphelins … » ; « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous … ». Ces paroles résonnent en nous comme un « Tenez-bon » ; un « N’ayez-pas peur » !!!

            Mais, on est en droit de se poser la question : Qui est cet autre Défenseur ? Et Jésus ajoute aussitôt : Ce Défenseur est « … l’Esprit de Vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. »

            Comment comprendre ces paroles de Jésus (que nous avons greffées en nous) ? Remarquons tout d’abord, le futur du verbe être : « … il sera en vous. ». Et n’oublions pas que Jésus prépare ses disciples (donc nous-mêmes) à son départ auprès de Dieu le Père : Le grand événement de l’Ascension.

            Par conséquent, c’est une nouvelle étape qui arrive après la mort et la résurrection de Jésus Christ et après ses apparitions de Ressuscité : C’est le temps de l’Eglise dans lequel nous vivons, nous croyons, nous prions, nous célébrons aujourd’hui ! C’est le temps où nous vivons ces deux promesses de Jésus Christ : « … vous me verrez vivant … » et « … vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. »

            A ce stade de la méditation de l’évangile du 6è dimanche de Pâques, voilà le moment de la réussite de la greffe enthousiaste (plein de Dieu) de cet évangile en nous !!! En effet, dans l’évangile Jésus nous parle de son union avec le Père, de notre union avec Lui et de sa présence en nous. Jésus Christ nous confirme donc cette relation qu’il désire avec nous : Une relation vraiment enthousiaste (remplie de sa présence divine en nous) devenue possible par l’annonce de son départ auprès du Père et par la promesse du don de l’Esprit de Vérité (l’Esprit Saint) qui ouvre le temps de l’Eglise. Le père Bossuet disait : « L’Église c’est Jésus-Christ ; Jésus-Christ répandu et communiqué », et le père Henri de Lubac ajoutait : : « Bien plus qu’une institution, l’Eglise est la Vie de Dieu qui se communique. »

            Le temps de l’Eglise favorise la réussite de la greffe enthousiaste (plein de Dieu) de cet évangile en nous. Nous bénéficions alors dans notre vie, dans notre corps, dans notre âme d’un Défenseur : l’Esprit de Vérité. Qui est-il cet Esprit de Vérité ?

            Pour répondre à cette question, continuons la lecture de cet évangile greffé en nous : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. ».

            L’Esprit du Seigneur, l’Esprit Saint, le Défenseur (le Paraclet) nous défend, nous protège par rapport à tout ce qui peut nous empêcher de vivre les commandements de Jésus Christ qui se résument dans le grand commandement de l’Amour : aimer Jésus Christ et par Lui, avec Lui, en Lui se laisser aimer par le Père. Qui dit « aimer » dit « maîtrise de soi » pour ne pas se replier sur soi-même et laisser de la place à la relation : Relation avec Dieu, avec le monde et avec nos prochains. C’est l’Esprit de Vérité qui, à la suite de Jésus Christ et à son exemple, nous remplit de force et d’espérance pour dépasser en nous une possible timidité et aussi une possible lassitude devant la dureté de notre monde.

            L’Esprit de Vérité ce n’est pas l’esprit du monde ! L’esprit du monde c’est la recherche de la tranquillité et de la performance égoïste, la recherche d’un soi-disant bonheur sans se préoccuper de nos prochains et des autres en général ! L’esprit du monde c’est vivre sans se préoccuper de la justice, du partage, et encore moins de la bonté, de la miséricorde, de ce que Jésus appelle l’Amour du prochain ! Et Jésus a prononcé ces paroles (qu’il a lui-même vécues jusqu’à accepter, par Amour, de donner sa vie sur la croix) : “ Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. ” (Mt 16, 25)

            Cet Esprit de Vérité apporte aux croyants que nous sommes (aux greffés enthousiastes (plein de Dieu) de l’évangile) la pleine lumière sur le Père et le Fils Jésus et nous révèle leur Regard et leur Action bienveillante pour notre pauvre humanité (en commençant par les pauvres et les malades : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Marc 2, 17). C’est l’Esprit Saint qui nous apprend la joie, l’enthousiasme, la sobriété, la simplicité, l’humilité, la sincérité, et autant que possible la congruité (rechercher ce qui convient au bien de notre prochain).

            Il y a bien des chantiers où les chrétiens, que nous sommes, peuvent apporter au monde une intelligence bienveillante éclairée et une force d’action solidaire : Encore faut-il être enthousiaste en priant l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité.

            En préparation à la fête de l’Ascension qui précède la grande fête de la Pentecôte, entrons en prière dès à présent avec une méthode assez simple. Passons maintenant à la pratique, à la prière de l’oraison, avec l’expérience de nos sœurs religieuses carmélites.

La prière de l’oraison est une prière silencieuse par laquelle nous nous tenons en relation, dans la foi, avec Dieu en exerçant notre volonté, notre intelligence pour désirer une attention simple et aimante à Sa présence en nous, pour désirer L’ENTHOUSIASME.

Il peut être utile d’entrer dans une église ou une chapelle ou si c’est chez nous d’avoir un “coin prière” pour vivre ce rendez-vous. Ce peut être très simple : une Bible ouverte, un crucifix, une bougie, une icône… Un espace qui nous aide à prier. Il est aussi utile de choisir le temps que l’on va prendre et s’y tenir, pour ne pas être livré à notre ressenti (tenir la durée que l’on a décidé même si on a du mal à tenir une attitude de prière). Si possible que ce temps soit régulier et placé au même moment de la journée.

            Se rappeler que nous sommes précédés par le Seigneur. Ma prière est une réponse à Dieu qui vient à ma rencontre par Jésus-Christ avec l’Esprit Saint (son Amour).

            Je peux commencer la prière de l’oraison, en murmurant et en répétant plusieurs fois dans mon cœur le nom de Jésus pour le laisser m’envahir tout entier et parvenir par grâce à une paix intérieure.

Trois mots clés pour la prière de l’oraison : Corps, Cœur, Esprit.

CORPS :

            Mon corps, c’est moi, c’est ma capacité d’entrer en relation avec le monde, avec les autres, avec Dieu. La position de mon corps influence ma prière : je ne prie pas de la même manière si je suis assis, debout ou à genoux, si mes mains sont levées, posées, jointes, ou ouvertes… Être attentif à ma respiration peut être un bon moyen de m’apaiser, de m’intérioriser, de m’enthousiasmer.

(« Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple de l’Esprit Saint » (I Co 16,19).)

COEUR :

            Nous ne prions pas qu’avec notre tête, mais aussi avec notre cœur. Prendre le temps de descendre dans mon cœur pour reprendre conscience de tout ce que je suis en profondeur et de tout ce que je suis dans toutes mes relations. Prier à partir de notre réel, du concret de notre vie et de notre être. Partir de ce qui habite mon cœur pour le présenter au Seigneur. Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que je décide de vivre en cet instant ? Qu’est-ce que je cherche ? Chercher avec le Seigneur ce qui est bon pour moi et pour tous ceux que je rencontre.

ESPRIT :

            Nous ne savons pas prier comme il faut, nous avons besoin de l’œuvre de l’Esprit Saint en nous pour prier vraiment, en vérité. La prière est l’œuvre conjointe de l’Homme et de Dieu. Prendre le temps de demander les 7 dons de l’Esprit Saint ; être des mendiants de l’Esprit Saint :

La sagesse : elle fait goûter la présence de Dieu, dans un plus grand compagnonnage avec lui, et un plus grand dynamisme missionnaire. C’est le don contemplatif par excellence.

L’intelligence : elle aide à entrer dans le mystère de Dieu, à comprendre de l’intérieur la foi, la Bible, l’Evangile, à distinguer l’erreur de la vérité.

La science : elle permet de reconnaître Dieu à l’oeuvre dans la nature et dans l’histoire, de recevoir le monde comme un don de Dieu.

La force : elle donne la persévérance dans l’épreuve, le courage du témoignage. Elle aide au quotidien à accomplir son devoir d’état et à vivre le combat spirituel.

Le conseil : c’est le don du discernement spirituel : Ce qu’il convient de faire ou d’éviter, de dire ou de taire. Il dispose à voir clair en soi et dans les autres.

La piété : elle fait entrer dans l’expérience de la paternité de Dieu, de sa proximité, de sa tendresse. Elle nous donne la confiance de l’enfant. Elle nous rend proche aussi des autres.

La crainte : ce n’est pas la peur de Dieu mais le sens de sa grandeur. La conscience de l’infinie distance entre le Tout-Autre et nous, ses créatures. Ce don suscite une attitude d’humilité et d’émerveillement.

            Lorsque le temps fixé pour cette rencontre avec le Seigneur s’achève, nous rendons grâce pour sa Présence en nous et dans le monde. Demandons au Seigneur : Que notre prière d’oraison augmente notre Foi, notre Espérance, notre Charité pour mieux servir nos frères et sœurs en Eglise et en Humanité.

Bon Dimanche très enthousiaste à l’approche de l’Ascension et dans l’attente de la grande fête de la Pentecôte (que nous pourrons peut-être célébrée enfin ensemble dans une église !!!)

                                                                                               Père Eric Rochetaillade