Enseignement vers le 5ème dimanche de Pâques

Site du groupement paroissial autour de GIEN et BRIARE

Enseignement vers le 5ème dimanche de Pâques

3 mai 2020 Non classé 0

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous,
et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi
fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »

Dans cette page d’Évangile Jésus sait que ses disciples sont des croyants : ils croient en Dieu. Mais vont-ils tenir bon par-delà sa mort et sa résurrection, vont-ils croire en lui, Jésus, le Fils de Dieu ? Jésus sait aussi que nous croyons en Dieu, mais allons-nous tenir bon sur le chemin du confinement ou perdre notre boussole ? « Ne soyez pas bouleversés, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.»

Le chapitre 14 de Jean fait partie du discours d’adieu adressé aux disciples. Perdus et confus, les disciples éprouvent la peur profonde de l’abandon. La réponse de Jésus à leur préoccupation est directe. D’abord, il les informe de sa destination et de son but –il va au Père pour leur préparer une place–. Ces paroles indiquent que leur destinée ultime est la vie éternelle en présence de Dieu. Ensuite, il se présente lui-même comme « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Et nous avons là le meilleur résumé de Jésus et de sa mission. Aujourd’hui, si Jésus se présente comme le Chemin, la Vérité et la Vie, c’est pour nous faire comprendre que nous ne pouvons pas nous passer de médiations pour aller vers Dieu. Ces médiations, il les nomme « les œuvres » et il affirme : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. » La foi ne se réduit pas à un sentiment religieux individuel et privé, elle se vérifie dans les œuvres, les actes.

« Le chemin » signifie que vivre en conformité avec ses enseignements est la voie qui conduit à Dieu et à une authentique vie humaine. « La vérité » équivaut à dire qu’il est la représentation la plus parfaite et la plus authentique de Dieu ; comme il le dit à Philippe, quiconque le voit, voit le Père à l’œuvre. « La vie » revient à dire que croire en lui, mène à la vie éternelle. En effet, croire en lui permet aux disciples de poursuivre son œuvre sur la terre. Ils pourront réaliser « des œuvres plus grandes encore », ce qui veut dire qu’ils pourront conduire d’autres personnes sur le Chemin, ceux qui ne le connaissaient pas et ceux qui y ont perdu leur boussole.

Dans l’Évangile, les disciples sont confrontés à l’incertitude, comme chacun de nous confronté à un lendemain incertain ; aucune projection en vue. Dans tous les cas, le conseil donné pour gérer la situation est le même : « se centrer sur le Seigneur ressuscité ». Avec le Christ au centre, toute chose est resituée à sa juste place et les inquiétudes tombent. L’Écriture, lue à la lumière de la résurrection de Jésus, donne la lucidité nécessaire pour mettre en bon ordre sa vie chrétienne et ses préoccupations, pour alléger les tensions qui naissent inévitablement dans les couples, les familles dues au confinement.

Jésus leur dit : «Ne soyez pas bouleversés, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Je suis le chemin»… Et aujourd’hui, c’est à nous que Jésus adresse cette parole et ces trois mots Chemin, Vérité, Vie qui sont pour nous aussi un message d’espérance en ces jours où effrayés et exaspérés nous craignons pour notre vie, pour celle de nos proches, pour les conséquences collatérales de cette crise sanitaire. Le Christ, Vainqueur de la Mort nous invite à passer de la crainte à la Confiance, du trouble à la Foi.

Fameux message d’espérance, en 2020, où le monde entier confiné, cherche sa route, où les hommes et les femmes de notre société, aujourd’hui sans repères, marchent à l’aveuglette sur des chemins incertains ou qui conduisent à des impasses. Fameux message d’espérance pour chacun de nous. Quand nous ne savons plus trop où nous en sommes, il nous est bon d’entendre cette parole de Jésus : «Je suis le Chemin».

Je pense à ce témoignage d’un confrère qui a été appelé au chevet d’une mourante «Je suis allé aussitôt. J’ai frappé contre la porte entrouverte et je me suis approché. La respiration lui échappait comme un mince filet d’eau que l’on voit disparaître dans le sable. J’ose lui demander : ‘comment allez-vous ?’ Elle sursauta à peine, puis, de sa voix de petite fille, elle articula : ‘Je vais aller chez Dieu, sans doute, et si je vais mieux, j’irai chez mon fils à Agen.’ Chez son fils ou chez Dieu… C’était toujours la famille, c’était de plain-pied. C’est le même chemin… Jésus, le Chemin

Notre espérance et notre foi sont bien fragiles. Il est vrai que dans les premières semaines du confinement tout paraît encore supportable. Au fur et à mesure que les semaines passent et que l’espoir du 11 mai s’est prolongé jusqu’au 2 juin, on est tenter de relâcher, de crier notre râle bol. C’est vrai. Mais en réalité, lorsqu’on regarde le chemin parcouru, on se rend compte que ce qui nous sépare de la fin est moins que ce que nous avons déjà parcouru. C’est vrai aussi que le moral du début n’est plus le même actuellement. Il nous est bien difficile d’être privé d’assemblée, de communier sacramentellement, de mener une vie chrétienne normale. « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » nous dit Jésus. Peut-être, en tant que chrétien, disons-nous trop rapidement que croire facilite l’existence en lui donnant un sens, et que la Foi est une lumière sur notre route. Certes, la Foi est une lumière, mais une lumière fragile qui peut être, de temps à autre, une simple lueur dans l’obscurité, et certains d’entre nous n’avance qu’à tâtons dans le brouillard. Alors rappelons-nous le proverbe africain : « Quelle que soit la durée de la nuit, le jour finira par arriver ! »

Père Marc Dossou